Dans l’enseignement supérieur, la structure IMRaD est fréquemment imposée pour les mémoires ou les travaux de recherche, souvent sans réelle explication de ses logiques internes. Ce qui conduit nombre d’étudiants à la considérer comme une simple grille à remplir, sans percevoir qu’elle vise à organiser la pensée scientifique dans une progression rigoureuse.
Introduction, Méthodes, Résultats and Discussion. Ces quatre lettres structurent la plupart des articles scientifiques aujourd’hui [2]. Mais dans les mémoires de master, elles sont trop souvent confondues avec une recette à suivre à l’aveugle. Mal comprise, la structure IMRaD devient un piège : les étudiants y déroulent leur pensée dans le désordre ou, pire, la noient dans une suite de sous-titres mal investis. Pourtant, bien employée, cette structure est un formidable outil pour organiser, clarifier et convaincre.
La structure IMRaD n’est pas qu’un plan. C’est un processus. L’introduction pose un problème, les méthodes montrent comment on a cherché à y répondre, les résultats exposent les données obtenues et la discussion les interprète. Une chaîne logique, sans retour en arrière, sans digressions, sans anticipation. Or, trop de mémoires inversent cette logique, comme s’il était possible de parler des effets avant d’en avoir présenté les causes.
Première erreur à éviter : l’« Introduction » bavarde. Le chercheur devient scénariste, mais sans dosage : il révèle tout trop vite, au lieu de ménager le suspense : l’introduction empiète sur les sections suivantes, aborde déjà la méthode, cite le terrain, parfois livre des résultats. On y sent l’impatience de l’auteur à tout dire tout de suite. Or, une bonne introduction se retient : elle annonce sans révéler, pose une question sans la résoudre, cerne un enjeu sans lui donner forme.
Deuxième erreur : la « Méthode » racontée à la première personne, comme un journal de bord. « J’ai d’abord construit un questionnaire... puis je l’ai testé... » Non. Il ne s’agit pas de raconter l’histoire du chercheur, mais de permettre à un lecteur de reproduire la recherche. Le lecteur doit pouvoir distinguer clairement : la méthodologie (la posture, les principes), les outils utilisés, les participants concernés, les procédures de recueil de données puis le traitement appliqué. Chacun de ces éléments doit figurer dans la section « Méthodes », sans intrusion d’analyse.
Troisième erreur : les « Résultats » trop bavards. Dans un mémoire bien construit, les résultats sont bruts. Ce sont des chiffres, des tableaux, des citations. Ils ne pensent pas encore. Ils ne jugent pas. Ils ne comparent pas. Ils attendent qu’on les regarde, puis qu’on en discute. L’erreur fréquente est d’enchaîner chaque graphique avec un commentaire interprétatif. Ce commentaire, c’est justement le rôle de la « Discussion ».
Enfin, la « Discussion » n’est pas un résumé. Elle est là pour interpréter les résultats, pour les mettre en lien avec la littérature, pour déstabiliser les certitudes, pour introduire du doute ou de la portée. Une bonne discussion ne répète pas les résultats. Elle les fait parler. Elle reconnaît les limites, elle ouvre des pistes, elle relie les données à ce qu’elles disent de plus concret ou de plus large.
Respecter la structure IMRaD, ce n’est pas remplir des cases. C’est accepter que la pensée se construise dans une forme exigeante, claire et progressive. Et quand on le fait bien, même un lecteur extérieur au domaine peut comprendre, suivre, discuter. C’est peut-être ça, l’excellence scientifique : dire des choses complexes avec une structure simple. Sans confondre la rigueur et l’obscurité [3].
Dans une structure IMRaD bien conçue, les résultats s’exposent sans jugement, la discussion les interprète avec recul. Et c’est là qu’interviennent l’analyse, la mise en contexte et le sens.